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Le jour où j'ai guéri ma peur de toucher les hommes



D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu peur des hommes.

Déjà petite je pouvais sentir quand une personne était « mauvaise » (c'est comme ça que je le vivais en tous cas) mais je ne comprenais pas pourquoi tout en moi hurlait au danger quand j'étais près de certaines personnes.

Ces personnes que je ne pouvais pas sentir ou plutôt que je sentais trop étaient souvent des hommes. Et il m'est apparu au cours de mon enfance que mes sensations, mes ressentis étaient avérés, un homme que j'avais en horreur et en qui j'avais une peur bleue a pratiqué des attouchements sur une petite fille que je connaissais.

Au fil de temps, ça ne s'est pas arrangé, au collège, les garçons avaient le tripotage facile, lorsque nous en parlions autour de nous, il nous était souvent répondu « ah la la les garçons à cet âge là, ils ne peuvent pas se retenir ».

La prise en compte du consentement, de l'appartenance du corps de la femme ou de la jeune fille à elle même n'existait pas. Le mot même consentement n'était jamais prononcé, inconnu je pense.

Le garçon avait le droit, ce n'était pas « grave ». Mais moi, j'étais dégoûtée, j'en avais marre de me faire tripoter, j'en avais marre qu'on ne m'écoute pas. Je trouvais ça injuste et l'homme en général me dégoûtait. Dans ma famille au sens large, l'image de pouvoir de l'homme était véhiculée, les femmes à la cuisine et au ménage, les hommes au plaisir. D'ailleurs ma grand mère m'a tant et tant répété que le bonheur n'existe pas pour une femme que j'avais fini par l'intégrer je pense et rendre les hommes responsables de ce fait. Avec tout ça, j'ai vite appris et compris que souvent, la femme n'a pas son mot à dire dans cette société patriarcale.

Mais j'ai grandi, la société aussi, les hommes aussi...

Le mot consentement est apparu, j'avais compris dans ma tête que les hommes ne sont pas tous mauvais et qu'ils ne répondent qu'à l'éducation qu'on leur a donné. Quand mes fils sont nés, je me suis presque donnée pour mission de vie, d'en faire des hommes responsables et respectueux des femmes. Je me suis mise à rêver et à croire à une vie remplie d'équité et non plus d'égalités !

Une terre où nous marcherions main dans la main tous ensembles.

Mais tout ça, restait dans ma tête car malgré tout, je n'aimais pas toucher les hommes que je ne connaissais pas ou peu, j'avais peur d'eux et de me retrouver seule avec. Aucune idée de quoi dire, quoi faire, comme un sentiment de mise en danger.

J'avais fait des tas de cercles de femmes dans l'idée de soigner mon féminin blessé mais ça ne changeait rien. J'avais apaisé mon mental mais c'est tout.

Et puis un jour, lors d'un festival chamanique, je me suis retrouvée avec une amie à attendre devant un atelier par hasard (celui que je voulais faire était complet, je suis allée là par défaut). Je ne sais plus comment on s'est mise à discuter en attendant le début de notre peur des hommes, de notre dégoût des gens un peu trop transpirant voir même, j'ose le dire, de notre dégoût de toucher des gens gros (enfin là je parle surtout de moi!) !

Nous avons été coupées dans notre conversation passionnante par Karosète qui nous a invité à entrer dans la grange et lorsqu'elle a expliqué l'objet de l'atelier, j'étais entre le rire et la peur....

Nous allions danser (je déteste ça!), en tête à tête (mais avec qui au secours?), à l'aveugle les yeux fermés ! (elle blague j'espère?).

J'étais enceinte, j'avais mal aux jambes, j'ai hésité à partir en courant, surtout que je regardais autour de moi, il faisait une chaleur de dingue et tout le monde suait déjà !

Je me suis retrouvée tellement hébétée par la synchronicité de la conversation avec mon amie que j'ai décidé de sauter dans le vide et de me lancer.

Evidemment, je me suis retrouvée en face d'un homme, évidemment, il avait des bonnes poignets d'amour, de grandes dreads, un t shirt trempé de sueur et il dansait trop vite et trop fort pour mon 5ème mois de grossesse, mes jambes lourdes et douloureuses...

J'ai sondé et plongé dans mes forces dans mes profondeurs pour aller à sa rencontre physique, énergétique, émotionnelle. J'ai dansé, j'ai frôlé son corps, il a frôlé le mien, tout était doux, respectueux, fluide, j'ai pris ses mains et je lui ai fait toucher mon ventre rempli de mon si doux bébé pour lui demander de ralentir la cadence, ce qu'il a fait quand il a compris que j'étais ronde et pleine d'amour. C'était une rencontre pleine de sens, charnelle ! Charnelle dans le sens rencontre de la peau mais pas du tout quelque chose de malsain, de sexuel, je me suis sentie en sécurité tout le temps. A aucun moment je n'ai eu peur ! J'étais surprise et amusée d'être confrontée à mes propres « peurs » MAIS je n'ai pas eu peur en vivant cette danse !

Au son de la voix de Karosète et de la musique de celui qui l'accompagnait, j'ai vécu une interaction de dingue avec "je ne sais même pas qui" !

J'ai pu deviner à la fin de l'atelier avec qui j'avais eu cet échange car il n'y avait qu'un seul homme avec des dreads mais en réalité peu importait. Je ne lui ai même pas parlé. Nous avons échangé un sourire au loin, un merci pour ce partage merveilleux.

J'avais dansé, alors que je croyais que je détestais ça. Et j'ai aimé !

J'avais eu un tête à tête avec un inconnu masculin alors que j'en avais une peur bleue ! Et je n'ai pas eu peur !

J'avais touché une personne remplie de sueur alors que j'avais la transpiration en horreur ! Et ça ne m'a pas fait de mal !

J'avais, en l'espace de quelques pas de danse, en l'espace de deux heures, guéri ma phobie d'être et de parler à un homme (et pourtant nous n'avons pas échangé un mot) ! J'ai senti que je pouvais être, que les hommes sont aussi sécuritaires, doux, gentils, drôles... Je le savais avant bien sur, mais là je l'ai véritablement conscientisé et intégré dans toutes mes cellules, ce savoir est venu s'incarner en moi.

Je remercie Karosète du fond du cœur d'avoir proposé cet espace de guérison hors du commun lors de cet atelier.

Et pour cette raison, parce que je pense désormais et je SENS désormais dans toutes les cellules de mon corps que c'est en étant avec des hommes dans la sécurité et le respect des deux côtés, que le féminin guérira des siècles de patriarcat, que je vais proposer presque essentiellement des ateliers mixtes.

Dans l'espoir que nous marchions ensembles, mains dans la main le monde de demain.


Marylène